
En 2015, j'aurais 26 ans. Mon habitus sera dans l'indécision la plus totale, l'indétermination la plus profonde, clivé entre tendance générale d'un vieillissement de la jeunesse, et quête idéologique de la stabilité du monde adulte.
Je serais une jeune étudiante bordélique, me promenant en tous lieux avec mon carton à dessin crasseux, ou du moins en substitut de lambeaux, que j'aurais achetée en 2010, année de mon entrée dans la carrière d'apprentie artiste.
J'aurais lu la Phénoménologie de l'Esprit, sans l'avoir comprise, et témoignerais d'un respect infini pour le Criticisme kantien.
Mon frère sera devenu roi du pétrôle vert, et assurera le rôle de mécène. Je pourrais donc donner ma contribution à l'harmonie du monde, puisqu'à défaut d'être capable de penser par moi-même, je chercherais d'autres moyens de gagner la vérité. Car la vérité me rendra libre. Par ailleurs, comme je serais devenue une Bourdieusienne amateur (mais en 2015, on dira amateuse...), je connaîtrais les contraintes de la société qui pèsent sur moi, pour m'en affranchir.
Je ne vous aurais pas oublié, et vous non plus. Je vous fréquenterais encore. Avec plaisir, et parce que vous n'aurez pas le choix.
Ou alors le Third Impact aura éradiqué ma matérialité physique, et je serais réincarnée en brocoli... (ceci équivaut à: quelque soit t dans R+, alex(t)=encore en khâgne.)
Quelque part, perdue dans l'hyperespace, perdue dans la réalité métaphysique, perdue dans la connaissance absolue. Et toujours, stupide, et toujours, fière de l'être, et toujours, subtilement incomprise, avec des tendances de poëte bénie. Et le sourire au lèvres...



