samedi, mai 30, 2009
dimanche, mai 10, 2009
Des Milliers, Des Millions, Des Milliards
Même un voyage en Normandie était l'objet d'une épopée, et ce afin de satisfaire mon besoin compulsif d'écriture. Je n'avais pas peur que mes phrases tournent mal, que mes mots dissonent entre eux. Je m'exprimais, et c'était là l'essentiel, observer le flot de pensée sortir suivant le fil de l'incohérence, me complaire dans l'absurde qui finirait bien par vouloir dire quelque chose, sans aucune considération du style.
Il me semble que j'ai perdu le goût de l'écrire, le temps d'écrire, imaginant qu'en face, mon destinataire aurait perdu le temps de lire, le goût de me lire.
Je ne sais pas exactement ce qui me freine aujourd'hui, ce qui inhibe ma joie d'écrire, joie simple et sans ambition, délectation pure.
Mais peut-être que JiJi n'a pas totalement tort - la comparaison d'avec les autres fait naître l'amour propre, corruption de la nature, et éventuellement, le sentiment d'humilité qui peut naître de la comparaison entre les hommes, sentiment d'humilité qui me fait me retirer devant ceux qui disent mieux.
Je parle plus, c'est un autre point. Mon dialogue intérieur se tarit, à mesure que j'essaye de m'adresser à des interlocuteurs en chair et en os. La pensée qui explosait dans ma tête et nécessitait alors une intériorisation hâtive - un épanchement (au sens forme du terme, et pas forcément lyrique) - est maintenant distillée, dissipée à petites doses dans le cerveau, la mémoire, et les yeux de quelques personnes.
Comme si, à mesure que ma naïveté laissait place au sarcasme, une volonté d'échapper à la mauvaise santé sociale freinait mon fétichisme des mots gribouillés dans un coin de table.
Il y a comme un arbitrage authenticité - intérêt de ce que je raconte, marqué par l'incertitude, puisque j'ignore la courbe de demande de ces deux faibles valeurs.
Mais si l'on se réfère au syndrome de Peter Pan bis (donc: pas le blondinet en chacun de nous qui refuse de grandir, mais plutôt, le sel-et-poivre d'âge mûr qui n'a plus ses pouvoirs tout simplement parce qu'il n'arrive plus à y croire), peut-être peut-on penser qu'il suffirait de croire à mes mots, que j'apprenne à cesser de les regarder avec un oeil d'adulte éduqué et critique (pour rester polie), et me laisser entraîner, quelque fois, dans leur insouciance.
Ceci aurait dû faire sens, par l'écriture. Mais je le sens, quelque chose me bloque. Non pas pour bien écrire, je ne porte pas si haut mes ambitions. Non, en fait, tout simplement pour arriver à écrire ce que je veux dire.
Ce soir, tout simplement, j'avais encore quelque chose à dire.
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