mardi, février 15, 2011

Farewell To The Old Me




Comment trouver les mots pour signifier la fin ? Le silence est trompeur, il laisse toujours l'espoir d'un petit fil enterré dans le sable que l'on pourrait vouloir saisir, et faire revivre d'un seul coup un univers de particules vaporeuses, comme si la pensée pouvait tenir dans un brumisateur Evian. Espoir d'un éternel retour, un peu comme Jumanji.

Alors qu'une impulsion nous pousse parfois à nous saisir du hachoir chinois - celui qui couperait facilement trois pattes à un canard - et à trancher le cordon qui nous relie au passé qui nous a mis au monde.

Cinq ans et demi, le paradis de la stupidité. Cinq ans pendant lesquels j'ai tout vécu, où j'ai connu le Beau, le Bon, le Bien, le doux-amer de la mélancolie, le désespoir sans plus aucune luciole au fond du coeur. Forêt, tourmente, et nuit, longue, orageuse, et noire.
Cinq ans où j'ai tout confié, à demi-mots entremêlés d'une confusion réconfortante, d'un flou trop suggestif, un vaste Coq-à-l'âme qui rebondit de mots en mots, de références en références, de parodies en caricatures. J'ai confié des images, des mots, des couleurs, des mélodies. Des pensées, des états d'âme - trop d'âme et trop d'états - des peurs.

Beaucoup de peurs. Peur dans l'hésitation, peur des autres, peur des mots, peur de la vie, un peu, aussi. Et j'ai moins peur, maintenant. Moins peur de moi, en tout cas. Je ne sais pas, ne suis pas sûre, même, que ce blog m'aura permis de me connaître. Mais je n'en ai plus peur, du mystère, de la non-réponse, du doute.

Plus peur de l'ignorance.

Il y a les sites où j'ai traîné pendant de longues heures improductives, il y a les blogs, il y a Mavie.fr.st, et ma jeunesse de geek. Il y a tous ces gens qui m'ont lue, avec une infinie patience.

Il y a toi, et toi, et toi. Et vous aussi. Que j'ai aimés, que j'aime encore parfois.

Calmartsum a cueilli son petit baluchon, et a décidé de quitter le Paradis de la Stupidité. Non pas chassé par un Dieu courroucé comme un gamin de cinq ans (cf le gros bouquin, Best-seller millénaire, dont j'ai oublié volontairement le nom). Mais de son propre chef, par un soleil déclinant sur une route sans fin, alors que Bob Dylan jouait probablement de l'harmonica quelque part entre le Texas et la Nouvelle-Orléans. Une petite larme, à peine, de celles qui atterrissent au coin de la commissure qui sourit, agréablement salées.

Toi, qui disparaît peu à peu, qui m'appelait Calmar, qui compte encore pour moi et ne lis pas ces lignes, j'aimerais pouvoir te dire adieu, car tu n'as plus besoin de moi. J'aimerais pouvoir te dire adieu. Mais tu n'aimes pas reconnaître les adieux.

Toi, qui lis encore ces lignes. Qui m'appelait de toutes sortes de noms, qui n'a jamais vraiment disparue et ne m'a jamais vraiment appelée. J'aimerais que tu ailles bien. J'aimerais que chaque jour tu cherches le bonheur au lieu de l'esquiver, par peur de l'échec, par peur du ridicule. J'aimerais que tu n'aies plus peur. J'aimerais te saluer de la main, de l'autre côté du trottoir, comme deux âmes qui se sont croisées dans une autre vie pour faire un bout de chemin ensemble, avant que l'une poursuive sa destinée à l'Ouest, pendant que l'autre accomplissait ses rêves de Grand Nord. Toi qui m'a rendue heureuse, toi que j'ai pardonnée depuis bien longtemps. Mais toi que je n'oublierai pas.

Toi, qui viendra forcément par ici, à un moment ou à un autre, ton oeil bienveillant s'attardant de manière régulière sur les méandres de ce paradis. Toi dont je ne suis plus sûre de pouvoir prédire les réactions. Toi que je vois fragile, et que je voudrais pouvoir aider, soutenir, mais qui s'éteint, s'estompe par petite touche, dans ma plus grande impuissance. J'aimerais que tu acceptes de vivre. Les refuges sont doux, chauds et réconfortants. Mais que tu n'attendes pas soixante ans pour passer à côté de ta vie, ne vivre qu'à moitié en ayant la peur pour aiguillon et la timidité comme justification. Au fond, au fin fond, tout cela dépend de toi.

Et vous, qui m'avez cueillie en chemin. Vous qui n'avez pas assisté véritablement à la naissance de CalmarTsum, mais qui avez grandement contribué à son épanouissement, à stimuler sa sensibilité, et son intelligence. Vous qui l'avez contemplée d'un regard attendri, façonné par vos mots, vos propres états d'âme, vos tendres épaules dans les moments les moins glop. Vous qui m'avez vue changer, mourir, revivre. Je vous souhaite d'aller bien. De renaître au printemps, et de ne pas laisser l'hiver s'installer dans vos coeurs. Je vous souhaite qu'on se retrouve dans quelques années, perdus dans le Midwest, à se demander Who the hell decided to go there in the first place ?!

Il y a tous ces messages, toutes ces contradictions. Toute cette cohérence, et ces bas et ces hauts. Tout ce que j'ai dit, et n'ai pas osé dire. Cette chambre et ce monde extérieur, ce moi et ces gens extérieurs, cet esprit hésitant, et les Autres.

Il y aura toujours ces canettes de Perrier, ces morceaux de chocolats, et quelques gribouillis. Les jeux de mots débiles et les sourires idiots. L'enfance, retrouvée à volonté.



Le Paradis de la Stupidité vous tire son chapeau bien bas, et disparaît dans un nuage de fumée rose.