samedi, mars 30, 2013



Assise devant le meilleur petit déjeuner du monde, après une nuit de onze heures. Le simit frais et le pain chaudement sorti du four côtoient confitures de framboise et figue, caramel au beurre salé breton, purée d'olives, tomates, concombre, fromage frais, fraises, jus d'orange pressé par mes soins, et café turc aux arômes chocolatés. Ce serait encore meilleur partagé, mais mes colocs adorés ont été assassinés par la longue nuit. 

Le temps paraît un peu suspendu, comme les mouches qui flottent aléatoirement dans le salon, et le rideau ensoleillé qui danse. C'est une très belle journée, une journée de printemps.

A mon réveil, dans mon sommeil, dans les minutes floues de la nuit et les heures si précises du jour, je me berce des sons qui m'entourent. Un muezzin, des gamins qui jouent, des gens qui festoient, des bestiaux qui font toutes sortes de bruits aléatoires. Des cris sensuels qui viennent troubler le silence de la nuit, de jouissance, de plaisir. Rêvés-fantasmés, ou tout simplement attrapés au vol entre deux sommeils paradoxaux, avec l'attendrissement que suscitent les contradictions humaines. 

Car malgré mes efforts pour rechercher une logique dans mes actes, mes choix, ma vision du monde, pour reconstruire tout artificiellement l'unité de ce fil censé matérialiser notre vie (il n'y a qu'un tisseur de tapis pour avoir une idée aussi saugrenue), je reste profondément attirée par la contradiction et le paradoxe qui façonnent les êtres humains, pétris d'incohérences jusqu'au plus profond de leur être. 

Pointer du doigt, moquer ces incohérences est une chose si facile, si tentante, pour se rassurer dans son humanité qui juge, dans sa supériorité momentanée, qui écrase ceux qui nous écrasent tout le reste du temps. 

Mais tenter de comprendre, de pardonner leur humanité à ces êtres qui nous touchent justement par leur imperfection, leurs invectives contraires, leurs violences et leurs joies. Ces êtres qui nous attrapent viscéralement par leur infinie Absurdité, se fondre dans chacun de leurs actes qui ne mènent nulle part qu'à l'incompréhensible instant présent, insaisissable parce qu'il s'évertue à ne pas faire sens avec ses petits camarades.
Pardonner n'est pas oublier, ni tout laisser couler comme un évier qui fuit. C'est un mouvement plus profond, plus empathique, parfois plus douloureux de pardonner aux autres de ne pas agir comme nous, de ne pas être nous, et ainsi s'identifier bien davantage à eux, être eux en étant humain, et comprendre que s'il n'y a pas de logique dans leur comportements, cela ne les empêche pas d'être mus par une profonde nécessité. 

Pardonner même à ceux qui ne nous pardonnent pas d'être faibles, parfois.

Je contemple, attendrie, les juges pris la main dans le sac de leur illogisme, syllogismes, dans le mystère de la disjonction profonde entre l'acte et la parole, les principes prescrits et ceux réellement respectés. J'essaie de ne pas juger les juges qui jugent de tout sauf d'eux-mêmes. Sourire amusé. Ces juges sont attendrissant parce qu'ils sont si profondément humains. 


*** 

Apprivoiser les mots de nouveau, la parole bleue comme un ciel d'oiseaux migrateurs. La musique du silence qui s'éteint en imperceptible decrescendo, et les mots qui reviennent, fébriles, titubants, nouveaux-nés dans ce monde qui ne s'est pas arrêté de tourner pour leur beaux yeux collés.

Qui sait, au bout, peut-être, une aventure ?


jeudi, mars 28, 2013

Dur (stop)




Ces instants, ces moments, ces périodes, que j'emporte avec moi, incorporés dans les cellules de ma peau par petites sensations frissonnantes et qui donnent une présence, même à l'absence.
Peu de plaisirs plus grands que de pouvoir prendre sans se soucier et donner sans compter.
Les choses que les mots n'expriment pas, et les silences où tout n'est que sensations. La fausse ingénuité et les diamants d'innocence.

En quelques minutes, propulsée un peu plus près du soleil. Là où l'on peut croire à l'innocence, aux relations qui ne font pas mal, à l'amour sans condition et sans douleurs. Là où tout est suspendu, même le temps, vaporeux entre deux nuages. Là où la lumière tombante rend toute consistance crémeuse et recouvre d'or tout ce qui est. Aurore, crépuscule, magique à chaque nouvelle fois, si précieux parce qu'on sait que nothing gold can stay.

Pégase vole dans un ciel d'une pureté angélique. Ange ou démon, au fond ?
Se laisser toute imprégner des couleurs, sans y attacher de sens, sans qu'elles ne se ternissent, sans qu'elles cessent d'être si réconfortantes et de se marier si bien avec la musique. Tu es toujours là, tu seras toujours là. Sois toujours là.

La peur de perdre ce qui est le plus précieux. Cette peur, la plus insurmontable de toutes.

Même la peur de mourir paraît, en ce moment, si dérisoire. L'avion pourrait bien se crasher. En ce moment où mon esprit de sacrifice si débile me fait sentir que je donnerai mille de mes vies pour que les gens que j'aime aillent bien. C'est ça, n'être qu'amour. Un coeur d'artichaut enrobé de marshmallow, jusqu'à en vomir.

Trop de sensations, trop de morts et de renouveau, d'un coup. Des changements si soudains, l'univers et les astres qui s'effondrent pour de nouveaux Big Bang. Contraction, et expansion. PAF. Un nouvel univers.

Je ne pensais pas avoir besoin du paradis de la Stupidité de nouveau. Je l'ai ouvert pour pénétrer la faille dans le béton armé, pour partager mes doutes et mes peurs, quelques émerveillements. Pour arriver à dire à voix basse et à chacun ce que je ne pouvais dire tout haut et à tous.

Maintenant j'ai besoin d'un buvard pour épancher ce trop plein émotif, trop vif, d'un seul coup. Je déborde de tous les sentiments des autres. Je déborde comme les larmes débordent de mes paupières, retenues quelques instants par la tension de surface, puis qui s'élancent dans le vide, incertaines, pour venir s'écraser sur un bout de jean, rouler jusqu'au précipice de mes joues, se fondre dans une écharpe bleue et turque à grosses mailles.

Un temps à n'avoir plus peur de mes faiblesses ne les efface pas pour autant. Quand j'oscille entre fébrilité infinie et force considérable, comme un flocon de cristal qu'un souffle de froid suffirait à fissurer en mille particules, volant en éclats.

Le rideau se lève, de nouveau. Car le temps cyclique n'est finalement que répétitions. Et que tout ce qui fait profondément sens doit sans cesse être remis en question.

Cette rage de vivre qui ramène à la route. Aller de l'avant sans faire fi du passé, et, au passage, s'arrêter pour cueillir, recueillir, le présent dans le creux de la main.

Ma ligne de vie a toujours été deux fois plus courte que ma ligne d'amour, qui semble n'avoir ni début ni fin. Vous en tirez le fil, et c'est à vous, non à moi, d'en prendre soin. Parce qu'il semblerait que malgré tous mes efforts, et par une ironie bien encastrée dans son ciré jaune, la personne dont je suis le moins capable de prendre soin attache une valeur infinie au fait de prendre soin de vous.
Cette couverture, carapace, dont j'ai mis tant de temps à me débarrasser, que j'ai fracassée avec tant d'efforts dans une foi naïve en l'humanité, parfois, la nuit, me tiendrait chaud.

***

Continuer à écrire, jusqu'à ce que ce trop-plein de sensations se tarisse. Jusqu'à ce que cette fièvre d'épanchement s'évapore complètement. Jusqu'à ce que l'éponge soit essorée de toutes les joies et peines. Poser le gros sac trop lourd sur le bord de la route.

Un petit tourbillon mélanthropique d'émotions et de sensations, de sentiments qui palpitent à la jonction de l'aorte et des tissus cardio-musculaires, tout injectés de sang. pom pom. pom pom. pom Pom. Pom Pom. Pom POM. POM POM.

Stop. Inspirer toutes les couleurs du monde, comme tout bon Alchimiste qui se respecte. Stop.
Expirer tout la noirceur des globules rouges imprégnés de carbonique. Stop.
Retenir son souffle, ce courant frais, pour emplir les poumons d'un peu de pureté, et atomiser en quelques secondes les petites particules de contradictions qui composent les grands tiraillements intérieurs. This place doesn't make sense for me no more, senor.
Dilater les heures, décontracter le coeur, pétri de ces paradoxes constants entre tendreté et ruptures brusques, entre douceur et violence, entre amours partagés et peines auto-infligées qui éclaboussent les gens autour, tâches d'encre indélébiles.
Expirer, oublier, fermer les yeux, balayer le souvenir qui revient éternellement à la charge comme un message d'erreur Windows. En plus grotesque.

Retranscrire les mots et les pensées qui s'entrelacent dans la petite brume grise, jusqu'à épuisement de l'envie et du besoin. Partager aussi les nerfs à vif, cachés derrière les sourires bienveillants. Par amour de la sincérité. Ou parce que je finis par m'écoeurer moi-même de ce mélange de guimauve à l'artichaut.

Se remettre dans un dialogue surréaliste avec des inconnus que je voudrais apprivoiser. Parce qu'on ne se comprend jamais mieux qu'entre anonymes.

Au nom de Pégase et de la liberté qui flottent au-dessus des nuages, un peu plus près des étoiles.